Une rue. Une rencontre. Des années.
Il commençait à faire nuit. Elle sortait de l’appartement des Froncy. L’hiver s’était installé. Il faisait noir dans la rue tant la nuit était déjà profonde. Les passants hâtaient le pas aussi vite qu’ils le pouvaient. Un morosité constante s’échappait de chaque visage. Elle s’engagea dans le métro. Elle attendait sur le quai. La musique dans ses oreilles apaisait son impatience. Le métro rugit son arrivée de loin. Et les portes s’ouvrirent. Lui. C’était lui. Fuir? Affronter? Leurs visages se décomposèrent. Elle baissa la tête. Il la fixait. Il descendit du métro. Les gens autour la bousculèrent pour entrer. Ses pieds s’étaient enfoncés dans l’asphalte l’empêchant de faire le moindre pas. Il restait en face d’elle. Elle priait pour qu’il s’en aille. Le métro hurla son départ. Il restait là, lui. Le quai était désert sinon.
“- Pourquoi?
- …
- Toutes ces années.
- … (Elle hocha la tête)
- Où vas-tu?
- … (les larmes sont fugueuses)
- (un silence)
- … (elle le regarda)
- Pourquoi tu ne parles pas?
- Pourquoi tu n’as pas continué ton chemin?
- Parce que je ne t’ai pas vue depuis des années.
- Justement.
- Tu m’en veux toujours?
- …
- Elle m’a quittée pour “ça”
- On ne quitte pas quelqu’un parce qu’il est aimé ailleurs.
- Cette lettre…
- Tu l’aimes toujours?
- Je ne crois pas.
- Va t’en.
- Je ne voulais pas te trahir.
- Tu m’as trahie.
- Je ne pensais pas…
- Être un soldat au pas du caporal tyrannique?
- ???
- …
- Tu souffres toujours?”
Le métro rugit son arrivée de loin. Et les portes s’ouvrirent. Le mensonge ne parvenait pas à se frayer un chemin dans la gorge brûlée par la vérité. Car pire que murmurait “non”, il aurait fallu avouer “oui”.
Elle monta dans le métro. Les portes se refermèrent.
Il restait en face d’elle. Elle priait pour qu’il s’en aille. Le métro hurla son départ. Il restait là, lui. Le quai était désert sinon.