La pureté.

septembre 3, 2008 at 2:40 (Uncategorized)

          Ce matin avait commencé indifféremment des matins précédents : le réveil qui sonne, heureux d’être réveil, et de sonner si tôt, les quelques rayons de soleil qui s’invitent dans la chambre, les bruits familiers de ceux déjà levés. Elle devait se lever. Elle reculerait juste le réveil de cinq minutes encore. Elle attrapa son portable (divin réveil…). Message. Un. Lui. 

“J’aurais dû t’écrire depuis longtemps. Pardon. Je n’avais pas compris. Chaque fois que je m’approchais, tu reculais.”

Combien de temps déjà? Un an et demi… 18 mois d’absence. 6 mois de silence. Cinq années à tenter d’oublier l’impossible. Cinq années à se voir au coup par coup, quelques heures. Et il suffisait d’une minute pour que tous les souvenirs resurgissent. Ce câlin furtif, ces regards, ces fuites, ses fuites, leurs fuites, cette déception, ces appels, ces départs, ces retours, cette soirée, ce resto, le lapsus, cette angoisse, cette place dans ce tramway ce jour là, ce bar, cette bouteille de vin ce jour d’anniversaire, cette fille, ces hommes… Les images se succédaient à la vitesse d’une pellicule de film.

        Elle l’avait aimé peu à peu. Pas de coup de foudre, ni d’hystérie. Il s’était installé doucement au fond du coeur. Elle était partie à Paris et lui restait à Lyon. Ils se revoyaient souvent. Puis de moins en moins. Elle revint à Lyon. Il allait souvent à Nantes. Pour l’autre. L’autre qui le changeait. L’autre qui le volait. L’autre qui ne le rendait même pas heureux. Et elle qui l’aimait toujours. 

Rien n’avait jamais empêché l’amour de rester. Elle baisait avec les hommes qui l’éloignaient de lui et aimait ceux qui l’en rapprochaient. Elle l’aimait dans son absence. Elle l’aimait dans sa présence. Elle l’aimait pour sa voix, pour ses mots, son esprit, sa beauté, son sourire, ses yeux bleus, sa gravité, ses engagements politiques, ses objections, ses réflexions. Elle l’aimait pour lui. Même quand il était revenu avec quelques kilos de trop, elle l’avait aimé. Même quand il avait amoureux de l’autre, elle l’avait aimé. Même quand il ne répondait pas, elle l’avait aimé.

Quand il l’a trahie, elle l’a aimé encore. Elle l’a haï aussi. Elle avait décidé de tout dire, tout avouer. Il était toujours avec l’autre. Qu’importe. Elle était malade. Malade de vie, malade de tristesse, malade de mélancolie. Les rues pleuraient. Les gens était une injure. Son sang glissait avec peine dans ses veines. Mal à la vie et lâcheté de la mort. Ses muscles s’étaient endormis dans un couffin de douleur et son esprit dans celui du tourment. Elle avait alors écrit. Elle lui avait écrit. Voilà combien elle l’aimait. Voilà combien il lui était impossible de l’oublier. Voilà comme il était le cheval de Troyes qu’elle emportait partout. Aujourd’hui cet amour pesait plus lourd qu’elle. Il était temps d’en finir. Envoyer. Envoyé.

Il l’avait lue. Il l’avait faire lire à l’autre. L’autre qui, dans un excès de rage l’avait insultée, elle. Elle qui voulait en finir n’avait plus répondu. Et lui, il avait écrit “Pardon, je t’écris demain pour t’expliquer” mais ne l’avait pas fait. 

Il n’y avait pas d’amour plus pur sur Terre. Comment aimer quand on ne voit pas? Comment aimer quand on n’entend pas? Comment aimer quand il ne vous renvoie aucune image positive de vous? N’y a t’ il pas d’amour plus pur que celui où l’on n’attend rien en retour? 

 

Ce matin avait commencé indifféremment des matins précédents : le réveil qui sonne, heureux d’être réveil, et de sonner si tôt, les quelques rayons de soleil qui s’invitent dans la chambre, les bruits familiers de ceux déjà levés. Elle devait se lever. Elle reculerait juste le réveil de cinq minutes encore. Elle attrapa son portable (divin réveil…). Message. Un. Lui.

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